Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours été féministe.

Déjà, en CM2, je me battais (physiquement, je sais c'est MAL) avec le plus grand garçon de l'école (du haut de mes 1,10m de l'époque) parce qu'il refusait que les filles jouent avec les garçons (franchement, me battre pour jouer au foot, vous y croyez?)! Il va sans dire que grâce à ma botte secrète (un coup de pied bien placé), j'ai gagné la guerre des sexes ce jour-là, mais je me suis récoltée un sermon mémorable (la preuve) de mon maître (sûr qu'une maîtresse m'aurait donné raison) sur les dangers de coups si bien placés...

Plus tard, j'ai appris à ne jamais me laisser faire par un homme, surtout par un mal embouché, lors de comportements sexistes. J'ai rencontré des goujats aussi bien sur des chantiers qu'en fac de philo, chez les petits bourgeois urbains que chez les paysans, et si j'ai appris il y a longtemps que "le bon sens est la chose du monde la mieux partagée" (clin d'oeil à mon vieil ami René), la bêtise et le sexisme me semblent très très bien partagés aussi!

Bref, tout ça pour en venir au fait que de mes convictions profondes, parfois versatiles il faut l'avouer, le féminisme est bien celle qui n'a jamais vacillé.

Et pourtant :

J'ai longtemps été contre la journée de la femme: franchement, se retrouver coincée entre la journée de la plomberie (je ne l'invente pas: le 11 mars), la journée du fromage (27 mars), la journée de la météo (le 23 mars...oui soeurette, tu l'ignorais sûrement) et la journée internationale des toilettes (celle là elle est en novembre, mais je ne pouvais pas la laisser passer), c'est un peu se foutre du monde. Plus de la moitié de l'humanité, sur le même plan que la plomberie ou les toilettes ? (il y a un lien psychanalytique là, qui se joue à mon insu, je le sens...)

Et puis, en vrai ça donne quoi: le patron libidineux qui va offrir un bouquet tout moche à sa secrétaire (qu'il aura fait acheter par sa femme, et elle trouvera qu'il est trop gentil), ou alors qui fait commander un bouquet pour sa femme par sa secrétaire (comme pour la saint-valentin, que j'adore, souvenez-vous, son anniversaire et les autres dates à ne pas oublier que sa secrétaire ou son téléphone lui rappellent...).

Ou alors les mecs en groupe dans le RER, l'ascenseur, à la boulangerie, qui te laissent passer en pouffant: "eh les mecs, laissez passer la demoiselle (j'ai 36 ans, j'ai encore l'air d'une demoiselle, franchement?), c'est la journée de la femme, mwarfff", ce qui signifie que les autres jours, il en a rien à carrer de te passer devant, de jouer des coudes, ou de ses deux têtes de plus que toi, pour voyager assis, acheter le dernier poulet-crudités, ou arriver au 12ème étage 35 secondes avant toi, na!

Je sais, j'ai l'air aigrie et un peu hystérique comme ça (ah ces nanas, ça se refait pas), mais moi, la crétinerie additionnée d'un sentiment de supériorité juste parce qu'ils sont des mecs, ça me rend folle!

Et puis, aussi, j'ai de la méfiance vis à vis de la victimisation des femmes, comme si on était le "sexe faible" et qu'il fallait s'occuper de nous, pauvresses...

Donc, disais-je, j'ai lontemps été méfiante à l'égard de cette journée mondiale de la femme, mais au bout du compte, malgré tout ça, ce qui compte vraiment, c'est que ça donne l'occasion au moins une fois par an d'évoquer la cause féministe, qui ne fait la une que pour des combats totalement stupides défendus par des femmes dont on se demande si elle réalisent l'ampleur de la vacuité de ce qu'elles entreprennent (comme "le masculin l'emporte sur le féminin", qu'est-ce que c'est que ce "combat" débilissime???): les violences faites aux femmes, les inégalités de traitement professionnel et social, les inégalités au sein des couples, de la famille, de la société, le regard porté sur les femmes par notre société, la mixité et comment on l'enseigne et la transmet à nos enfants... des vraies questions à poser et surtout des vrais combats à mener. Alors même si les mots ne me plaisent pas, on va la garder cette journée de la femme, et même en parler, na!

Et puis, plus légèrement, mais pas tant que ça, je me suis interrogée sur moi-même face à mes convictions.

Parce que la Babou, depuis qu'elle a ses Chipotards, elle aimerait franchement bien ne plus travailler pour s'occuper d'eux (mais pas seulement) si elle le pouvait, elle aimerait passer du temps derrière ses fourneaux, à faire des gâteaux, ou derrière sa machine à coudre, ... alors elle se regarde dans le miroir et elle se demande "dis donc mémère? je te croyais féministe, c'est quoi ces fantasmes de ménagère des années 50? HEIN?

Et puis elle réfléchit encore (si si elle peut si elle veut) et elle se dit que ce qu'elle veut, c'est juste être libre de faire ce qu'elle veut. Libre de choisir (couture plutôt que sport, pâtisserie plutôt que bouillabaisse, tu vois). Et indépendante aussi. Et forte. Parce que pour moi, être une femme, c'est d'abord être forte. Alors, elle se dit qu'elle a pas tout perdu de se idéaux. Même si j'aime les hommes (car malgré les clichés que j'ai véhiculés plus haut sur les crétins de machos de base, il y a évidemment des hommes qui respectent les femmes), qu'ils ne sont pas mes ennemis, bien au contraire, j'aime être une femme et j'aime les femmes (non , maman, je fais pas mon coming out, c'est juste une déclaration un peu retentissante tu vois;-). Je les admire. Mes modèles et mes icônes sont des femmes. Et même si je ne suis pas d'accord avec certaines féministes, surtout depuis que je suis mère et qu'un côté animal s'est révélé à moi, elles m'ont toujours questionnée, accompagnée, inspirée et révélée à moi-même.

Alors, voilà, avec mes interrogations, mes convictions, mes lectures, mon histoire, je suis juste une femme comme les autres, même si je préfère qu'on dise une fille, parce que femme, c'est un mot qui m'impressionne. Une personne qui veut juste qu'on respecte les femmes, qu'on cesse d'exploiter leur faiblesses et qu'on réalise enfin leur force.

Et qu'on les laisse bloguer couture, sans pour autant croire qu'elles ne sont que superficialité et narcissisme...

Bref, je suis passée du féminisme à la fillosophie: c'est grave docteur?

 

C'était ma boîte à humeurs annuelle...un billet fourre-tout sincère, spontané et...féministe:

VIVE LES FEMMES!!!

* j'ai emprunté ici le joli mot de "fillosophie", je vous invite à vous y balader, j'aime sa signature et son écriture...