Aujourd'hui, ce blog va se transformer en confessionnal: je dois avouer, j'ai honte.

Aujourd'hui, en pleine fête de la librairie, alors que les libraires indépendants défendent leur métier et essayent d'attirer les clients fidèles mais aussi de nouveaux, suis-je allée chez mon libraire, celui situé à 500 mètres de la maison, découvrir les auteurs coups de coeur de cet homme passionné? que nenni! je n'ai rien trouvé de mieux à faire que d'aller chez Virg*n, le vendeur de DVD, de jeux, et aussi de livres, pour acheter quoi?...de la "littérature féminine", ou comment un adjectif essaye gentiment d'annihiler le sens du nom propre auquel il est accolé...oui, lasse d'essayer un énième roman qui me tombe des mains au bout de 200 pages après lesquelles je baisse les bras, (je suis en pleine série calamiteuse: du polar qui n'en est pas un, au livre où au bout de 250 pages, tu n'as pas eu un dialogue, je n'éxagère pas, en passant par la galerie de personnages tous plus tordus les uns que les autres, mais sans qu'aucun d'entre eux n'ait réussi à m'intéresser vraiment), je suis retombée dans mes travers: la chick lit'! Valeurs sûres, donc, un Kinsella, un Weisberger, et un Pancol (bon, là, c'est pas de la chick lit', mais c'est quand même du livre de nanas...). Voilà, je sais, je devrais avoir honte, et en me forcant un peu même, j'y arrive: j'ai honte.

honte2

Le pire, c'est que mon errance au Virg*n ne fut que la fin d'un parcours lui-même honteusement superficiel. J'ai passé deux heures dans un centre commercial, un samedi après-midi. Oh, la pauvre, vous dîtes-vous, obligée de nourrir sa famille chez Carref*ur parce que les autres jours elle travaille comme une forcenée? de rhabiller ses enfants ou pire de les chausser (et donc de les emmener au centre commercial)? Non, non, je suis à la fin de deux semaines de vacances, le frigo est plein, les enfants font la sieste et c'est  seule et libre comme l'air que je perds mon temps dans les allées bondées en quête de...cosmétiques! Oui, oui, de cosmétiques. Mais, là, c'est pas de ma faute, ça ne pouvait plus durer: je me suis regardée de près dans un miroir, si si, et même pas grossissant le miroir, et même sans lunettes, et bien je les ai vues, là, sur mon front: des stries profondes comme des tranchées, des sillons bien parallèles: la vérité est dure à dire, mais j'ai des rides. Des vraies. Puta... fais ch... tout de même! pas genre des ridules que si tu mets un p'tit peu de poudre dessus, personne ne les voit (en tout cas, sans lunettes et sans miroir grossissant). Non non, des rides , sans "UL". Et finalement, si on y regarde de plus près, quitte à souffir un bon coup, y a des cernes sous mes yeux, des traits autour de mon nez parce que j'ai cette affreuse manie de rire discrètement et de sourire à tout bout de champ... Pfff, ma vie est devenue un enfer. Donc, je suis allée au centre commercial. Logique. Mais après avoir surfé une bonne heure sur les forums pour savoir s'il existait une crème, qui moyennant un tiers de la dette nationale, me rendrait un aspect normal, genre avant que je me transforme en vieille peau. Et bien, oui, en fait, j'ai trouvé quelques bonnes références, mais ne disposant pas, après vérification scrupuleuse, du tiers du montant de la dette nationale, et bien, j'ai appris qu'il n'y avait pas vraiment de différence entre certaines crèmes à 10 ou 15 euros et celles à 50 ou 75 euros. Donc, forte de ce précieux savoir, je suis allée acheter plein de trucs absolument essentiels à ma nouvelle vie de vieille peau: 1ère boutique: crème de nuit anti-rides, sérum réparateur anti-rides intallées (si madame, elle sont installées là je t'assure!), BB crème (non, ça veut pas dire que ça te donne une peau de bébé, ça veut dire un truc en anglais que j'ai oublié et qu'on s'en fout parce que c'est du marketing); 2ème boutique: shampooing pour cheveux marrons (oui, ça n'a rien à voir, mais je vois pas pourquoi y aurait que les blondes qu'auraient droit à leurs shampooing à elles, non mais) et eau de toilette d'été, parce que là, après deux semaines de Toussaint comme vacances de Pâques, je suis prête à n'importe quoi pour espérer qu'un jour le soleil brillera à nouveau, histoire que j'attrape des nouvelles rides ; 3ème boutique: fond de teint poudre minéral que ma copine elle a dit que c'était génial parce que ça se voit pas, d'où l'intérêt de l'acheter pas trop cher quand-même hein le truc qui se voit pas, et un gloss, parce que Lily a tout fini le mien et que moi, les macarons Ladurée et le gloss, ça m'éneeeerrve pas du tout, na!

honte

Voilà, donc, ma confession arrive à son terme: j'ai honte: une fille superficielle et ridée, voilà ce que je suis devenue! C'est pas bien chouette d'être une fille des fois...

Et puis, en rentrant dans la voiture, j'entends à la radio que ce soir il y a une rencontre au sommet entre Grand Quevilly et Lyon (il s'agit de foot pour celles&ceux qui suivent vraiment rien). Interview du barman du stade de Quevilly: "ben on a rempli les frigos, là, au cas où qu'on se fait déborder, hein" "ça va être comme on dirait euh, le gros bordel", "hein", et le journaliste sportif (ou comment un adjectif vient annihiler la signification du nom auquel il se rapporte) de nous décrire les décorations jaunes et noires, les litres de bières stockées, les rues désertées par les supporters fébriles en route vers le stade, blablabla... et là, je me suis sentie moins honteuse, les mecs aussi parfois, peuvent avoir honte d'être des mecs, non mais!

Alors, j'avoue, j'ai honte, un peu, c'est vrai, mais je sais que je vais tellement aimer lire mes histoires de filles, toute luisante de crèmes plus douces et efficaces les unes que les autres, avec mes cheveux marrons tout brillants et qui vont sentir bon, que le reste, pff...j'm'en fous, na!

Maman, si tu lis ce billet, non, c'est pas de la cosmétique bio, ni home made, honte à moi, je sais, et non, ce n'est pas du tout parce que reviens de vacances chez mémé que je fais une fixette sur les rides... je t'embrasse!

Marie, si tu lis ce billet: je te donnerai mon avis fort éclairé sur le fond de teint minéral en poudre dont nous avions parlé.

Mes amis, si vous lisez ce billet: à partir d'aujourd'hui, je ne ris plus, je ne souris plus, je ne pleure plus non plus d'ailleurs, ça file des poches sous les yeux, bref, stoïque je resterai, si si, promis!

Mes élèves, si vous lisez ce billet (je me tire une balle), je ne froncerai plus jamais les sourcils pour vous empêcher de faire une bêtise (de toute façon, vous la faisiez déjà quand-même) et je lèverai plus les sourcils avec mon air étonné et intéressé devant les inepties, anecdotes passionnantes ou réponses farfelues que vous me ferez l'obligeance de partager encore avec moi, la vie serait trop triste sinon.

Voilà, aucune expression, aucune ride d'expression, logique imparable!

Pour les nostalgiques de mon rire délicat tonitruant, je vous en offrirai un échantillon les jours de fête.

Et vous, vous m'offirez p'têt du botox en échange...