Il y a des tournants dans la vie de chacun. Souvent c'est après coup, avec le recul, que l'on réalise.
Tiens, c'est ce jour-là que j'ai appris que Maman avait un cancer, celui-là qu'on a conçu nos enfants, ce jour-là que je l'ai rencontré, celui-ci où je suis passé à côté d'une belle histoire, celui-là où elle m'a dit cette phrase si importante, celui-ci où il m'a donné rendez-vous...
Et puis il y a les moments où tu changes ta vie en pleine conscience. Tu quittes ton mari. Tu emménages dans un nouveau lieu, pour écrire une nouvelle page. Tu espères que cette page sera bien remplie, joliment écrite et illustrée.
Je suis devant cette page blanche aujourd'hui. Et malgré la hâte de la remplir, il y a comme un besoin de réfléchir, de me poser, de me reconnecter avec moi-même avant de passer à l'action. Passer de l'agitation à la contemplation, du mouvement à l'inertie est assez déroutant.

Ce blog n'a pas pour vocation de devenir un journal qui n'aurait rien d'intime. Mais c'est un lieu où j'ai parfois envie d'écrire ce qui me passe par la tête. A circonstances particulières, message particulier, donc.
Quelques pensées en vrac, bribes d'une réflexion imposée par le silence qui m'enveloppe depuis quelques jours...

N'étant pas à un paradoxe près, j'ai lu Causette tout l'été, mais Marie-Claire aussi. Féminin, féministe, les magazines questionnent: aujourd'hui, je me demande donc "qu'est-ce qu'une femme libre?"... et je crois que c'est justement la quête d'une réponse à cette question qui va remplir ma page blanche, petit à petit...
Ma première réponse: une femme libre, c'est peut-être celle qui assume ses paradoxes, du plus léger au plus grave...

Le paradoxe cosmétique: ce soir, dans un de ces moments où s'occuper de son corps est le meilleur biais pour atteindre une certaine sérénité d'esprit, j'ai utilisé 7 produits différents après ma douche, du bio, de la mer morte, du luxe en échantillons...je me suis enveloppée d'un cocon cosmétique. Mais du même coup, je me sens superficielle et consommatrice... L'ancienne étudiante en philo parlerait là de la dualité du corps et de l'esprit... Etre une femme, s'occuper de son corps, de son apparence sans vouloir y être réduite. Mon premier paradoxe.

Le paradoxe maternel: je me sens amputée d'une partie de moi quand mes enfants sont ailleurs, mais quand ils sont là, je me sens trop rarement à la hauteur: un jour peut-être, être mère ne voudra plus dire être coupable pour moi... Faire du mieux que je peux mais ne jamais en être satisfaite. Un deuxième pour la route...

Le paradoxe amoureux: une envie radicale d'être seule, de me retrouver moi-même, et en même temps ce besoin d'être aimée, désirée, qui se fait si pressant par moments... Le troisième, attendu, inéluctable.

Qu'il est dur d'être une femme libre. Qui assume ses envies. Ses choix. Ses échecs. Ses paradoxes.

Un défi, une bien jolie page à écrire donc. En espérant avoir un peu de talent pour ça. Pour être libre, pour vivre, tout simplement.